Mais qui était donc FRANK ZAPPA ?

Une palette musicale inégalée

Même parmi les grands compositeurs du passé, aucun n’a jamais eu une palette musicale aussi large et variée que celle de Zappa. Vous allez me dire que d’autres compositeurs ont abordé plein de genres différents, comme Mozart, Ravel ou Camille Saint-Saëns ; mais c’était toujours avec à peu près les mêmes instruments. Or Zappa arrive à un moment où une révolution sonore est en marche : le jazz a déjà inventé la batterie, mais on invente maintenant la guitare électrique, le piano électrique, la basse électrique, le violon électrique…  On invente aussi les pédales d’effets, la pédale wah-wah par exemple : Zappa est le premier à l’utiliser avec Hendrix, et il s’amuse aussi à la brancher à un saxophone et un clavier, avec des résultats plus discutables, mais il essaye…

Et puis le studio évolue beaucoup. Il devient un instrument de production à part entière. On multiplie les pistes et les surimpressions (overdubs), on passe des bandes à l’envers, on accélère ou ralentit les voix, on mêle des sons naturels à la musique, etc. C’est ce que découvrent les Beatles eux-mêmes avec l’album Revolver. Et puis arrivent le synthétiseur et la composition assistée par ordinateur, les séquenceurs et les échantillonneurs. Tout cela va permettre à la musique électro-acoustique et à la musique purement numérique de se développer. Zappa arrive juste à ce moment-là et il essaiera à peu près tout.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne s’interdit rien, aucun champ artistique. Rien ne lui semble impossible ou presque, il est capable de composer avec bonheur dans à peu près tous les styles, tout en y laissant sa patte, sa griffe, sa personnalité. C’est ce qu’on va voir tout de suite, dans un ordre qui n’est pas vraiment chronologique, mais qui est plutôt celui d’une difficulté croissante, allant du plus simple au plus complexe. Il s’agira surtout d’écoutes musicales, avec assez peu de vidéos dans un premier temps. D’abord parce que le meilleur de Zappa, c’est sa musique et qu’elle se trouve sur ses disques ; ensuite parce qu’il a fait l’essentiel de sa carrière avant l’ère du clip et que son univers visuel est plutôt à découvrir sur ses pochettes de disques, qui sont très riches, parce que conçues à la grande époque du 33-tours, quand elles faisaient 32 cm de large, soit 20 cm de plus que les CD d’aujourd’hui… Et sans compter le livret d’accompagnement !

Quand vous aurez survécu à tout ça, je reviendrai sur le parcours et la personnalité du bonhomme, quelques-uns de ses collaborateurs les plus célèbres, et conclurai avec Zappa sur scène à différentes époques. Autrement dit, je réserve pour la dernière partie de ce dossier le moment de découvrir les rares vidéos de Zappa en concert : non pas qu’il n’ait pas eu pas le sens du spectacle, bien au contraire, mais parce que beaucoup de ces films n’ont pas été restaurés, et que leur qualité visuelle laisse à désirer au regard des standards d’aujourd’hui. On vient de restaurer les séances filmées des Beatles en studio et c’est magnifique, mais on y a mis tous les moyens nécessaires. Pour Zappa, on vient à peine de commencer et le résultat n’est pas encore accessible chez nous. Il existe des techniques de restauration de l’image qui permettent d’en renforcer considérablement la netteté, mais j’imagine qu’elles coutent très cher et que Zappa n’est pas vraiment la priorité… Dans 10 ans peut-être, on aura tout Zappa en 4K et en Blu-Ray…

Mais assez de bavardage, attaquons l’essentiel, à savoir : la musique.

Visite guidée de tous les styles abordés par Zappa

Vous n’aurez pas besoin d’écouter plus de 3 ou 4 minutes de chacun des morceaux proposés pour vous faire une idée. Je vous le disais, on ira du plus simple au plus compliqué et pour le son, on ira vers le meilleur aussi. Et pour ça, allons voir dans les archives : l’album s’appelle The lost episodes. C’est parti ! Magnéto Serge ! Zappa c’est ça :

  • De la pop music des années 60 : “Anyway the wind blows” (1963). Précisons que ce n’est pas lui qui chante :
  • De la chanson satirique, « Charva » (1963)

Pour cette petite chanson rigolote, Zappa joue de tous les instruments et fait les chœurs lui-même. Et si vous trouvez qu’il chante faux, et que c’est horrible, vous avez raison, c’est fait exprès. Les paroles ne sont pas tristes : « Charva, je t’aime depuis l’école primaire / Depuis l’époque où on sniffait de la colle ensemble / Charva, ma chérie, mon seul et unique amour, j’espère que tu me pardonneras d’avoir frappé ton père / Je me souviens de nos amours et de la fois où j’ai cassé le bras de ton papa / Charva, je t’aime de plus en plus, mais c’est pas parce ton père est le tenancier du bar, je te le jure. » Voilà le genre de délire. Un humour musical absurde et grinçant, avec un côté punk avant la lettre :

  • Du hard rock : “Magic fingers » (1971). Vous allez entendre un chant flamboyant, des guitares saturées, un clavier funky et un solo électrique :

Ça va, c’est pas trop mou ? Bon, le son de cette archive serait à reprendre, mais ça va aller en s’améliorant, vous allez voir.

  • De la country : “Harder than your husband” (1981) :

  • Du groove ou si vous préférez du funk : “City of tiny lights” (1976), ici en public.

Écoutez bien ce morceau live. D’abord parce que c’est une chanson facile d’accès mais aussi parce que nous allons la retrouver dans trois versions différentes à quelques années d’intervalle. Zappa recrée en permanence son propre répertoire en fonction de son humeur, des modes du moment et des musiciens qu’il a à sa disposition. Si vous mémorisez l’air, vous verrez clairement l’évolution des styles. Ici le style est un groove funky, la deuxième fois ce sera plus franchement funk-rock, la troisième fois dans le style de Carlos Santana :

  • Du rap avant le rap : « I’m the slime » (1973).

À l’époque, Zappa se remet d’une chute grave provoquée à Londres par un dingue qui l’a projeté hors de la scène. Comme il ne se laisse pas décourager, il va organiser depuis sa chaise roulante l’enregistrement de deux albums jazz. Mais ces initiatives lui auront couté plus d’argent qu’elles ne lui en auront rapporté, et il a un déficit important à combler. Il décide donc de faire des albums plus abordables et de prendre un virage funky. Sa chute a étiré son larynx, ce qui lui fait gagner un ton dans les graves et très vite il a l’idée d’en profiter en studio et c’est ainsi qu’il devient la voix la plus caverneuse du rock avec Tom Waits ! Je ne suis pas en train de dire que Zappa a inventé le rap, bien sûr, mais vous allez voir que sur ce morceau (dont l’intro est devenue célèbre), il parle en adaptant sa diction à un rythme funky en arrière-plan, ce qui est au principe même du genre :

  • Du blues-rock américain.

L’exemple que je vais vous soumettre est issu d’une collaboration avec un de ses copains de lycée devenu célèbre sous le nom de Captain Beefheart. C’est un poète, peintre et musicien déjanté qui a pour idole le même chanteur de blues que Zappa, à savoir Howlin’ Wolf. Pour vous rendre compte du personnage, voici un passage filmé au Bataclan en 1972 : le Captain chante tout le long de l’extrait de sa voix rauque et joue de l’harmonica. Sa musique sauvage présage déjà de tout le mouvement indie rock à venir, du punk jusqu’au grunge. La chanson s’appelle “Click clack” :

Donc le Capitaine Cœur-de-Bœuf, c’est lui ! Et la rencontre avec Zappa va être explosive… ici un long blues étiré composé par Zappa et qui met en valeur la puissance vocale de Beefheart. Ça s’appelle “Advance romance” (1975). Dans ce blues façon rock sudiste, il y a d’abord le chant du Captain, un solo de slide guitar (au bottle-neck), l’harmonica de Beefheart et un solo de Zappa avec ses déflagrations. Un peu long et étiré, mais un morceau d’anthologie !

Zappa observe ses musiciens et compose en fonction de leurs possibilités et de leurs talents. Ici, il s’adapte totalement à l’univers musical de son ami Beefheart. Il travaille comme un réalisateur, dirigeant ses musiciens comme on dirige des acteurs : parfois, il leur donne un texte à respecter à la lettre, d’autres fois il les fait improviser à partir de quelques consignes de base.

  • De la soul ou quelque chose qui s’en rapproche : “You didn’t try to call me” (1976) avec la chanteuse Bianca Odin :

Jusque-là vous allez me dire : mais c’est pas la première fois qu’un artiste rock fait aussi du funk et de la country ! Les Rolling Stones aussi y font ça ! Attendez, on en n’est qu’à la moitié du chemin…

  • Car Zappa fait aussi du reggae : « Lucille has messed my mind up » (1979) :

  • Du jazz très cool : « Blessed relief » (1972).

À la trompette, c’est un certain Sal Marquez, au piano électrique, c’est George Duke :

  • Du jazz-rock énervé : « The purple lagoon » (1976).

Là on est à New York en 1976 avec les frères Brecker, Michael (saxophone) et Randy (trompette), deux frères célèbres à l’époque dans les milieux du jazz moderne. Le rythme est un 7/8, mais comme ça ne vous dit rien, on comprendra mieux en décomposant : 1-2, 1-2, 1-2-3 etc. et on accélère… Zappa adore les mesures inhabituelles :

  • De la musique contemporaine sur instruments d’orchestre comme ce court quintette à cordes, écrit et dirigé par lui, filmé à Francfort avec l’Ensemble Modern en répétition, en 1992 :

  • De la musique électro-acoustique : « The Grand Wazoo » (1983) :


Vous aurez peut-être reconnu la voix de Captain Beefheart. On l’entend conclure : « I’m the Grand Wazoo ». C’est lui qui déclame le texte de sa voix rauque.

Et voici la pochette surréaliste de Feeding the monkies at La Maison, un de ses albums de musique électronique :

  • Quand il s’ennuie le dimanche, Zappa fait aussi de la musique de dessin animé sans dessin animé : The adventures of Greggery Peccary (1975).

C’est l’histoire d’un petit cochon sauvage – un pécari – à qui il arrive toutes sortes d’aventures et qui se termine par l’invention du calendrier, ce qui fait de cette histoire une sorte de conte philosophique sur la mesure du temps qui passe. Plus généralement, c’est une réflexion critique sur le rôle du marketing dans la création des nouvelles tendances. Zappa fait ici toutes les voix : celle du pécari est la sienne passée en accéléré. Le tout est inspiré des Looney Tunes, de Tex Avery, etc. Gregory Peck était un acteur célèbre du cinéma américain des années 50 et 60. Et Greggery Peccary veut dire littéralement le pécari grégaire.

Un plasticien américain, Bruce Brickford, a fait des animations en pâte à modeler à partir de cette histoire, mais personne n’a jamais fait le montage final pour réunir les deux… ou seulement partiellement, et avec une qualité d’image très médiocre. Quel dommage !

  • De l’électro avant l’électro « Basement music » (1978) :

  • De la musique concrète expérimentale : « Nasal retentive Calliope music » (1968).

Le morceau qu’on va écouter se trouve sur un album célèbre qui parodie le Sergeant Pepper’s des Beatles. Car en 1966, il y a deux albums qui tournent en boucle sur la platine de Paul McCartney : Pet Sounds des Beach Boys et Freak Out! des Mothers of Invention, le tout premier groupe de Zappa. McCartney est très impressionné par ces deux albums et il décide de faire quelque chose de plus impressionnant encore, ce qui donnera Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Piqué au vif, Zappa contre-attaque avec un album à la pochette parodique qui s’intitule We’re only in it for the money. Il essaye de joindre McCartney pour lui demander son autorisation et celui-ci lui fait une réponse évasive du genre : « Voyez avec mes avocats ». Donc Zappa se dit « C’est bon, il s’en fout un peu », mais sa maison de disque ne l’entend pas de cette oreille et lui impose de mettre le recto de la pochette à l’intérieur de l’album pour ne pas risquer de procès. Ce qui fut fait. Trois ans plus tard, Zappa invitait John Lennon et Yoko Ono sur scène à New York…

Donc sur Freak out! le premier album publié par Zappa et les Mothers of Invention en 1966, il y a des chansons, mais il y a aussi des choses tout à fait inhabituelles, à savoir : un long morceau final de 12 minutes avec des sons, des cris, des exclamations, des dialogues plus ou moins absurdes, et c’est la première fois dans l’histoire du disque populaire qu’on mélange ainsi des rythmes, des improvisations instrumentales et des voix passées en accéléré comme dans les dessins animés.

Un peu pénible ? Zappa s’inspire de la musique concrète inventée en France par Pierre Schaeffer. Il enregistre des sons et les retravaille en studio sur son magnétophone à bandes pour en tirer des effets sonores particuliers. Mais on voit bien ici que l’idée n’est pas celle d’une musique planante. Au contraire, Zappa est l’inventeur du sadisme musical : au moment où ça commence à devenir plaisant, il interrompt la musique brutalement. Il a fait ça souvent car il voulait, disait-il, sortir les gens de leur torpeur. Pourtant sa musique offre beaucoup de ressemblance avec la musique psychédélique californienne.

Cette approche expérimentale influencera beaucoup de monde, dont les Beatles, qui s’étaient déjà un peu engagés sur cette voie avec Revolver, l’album où on entend un solo de guitare passé à l’envers. Cette influence s’entend dans Sergeant Pepper’s et dans l’album blanc (« Revolution 9 ») et Zappa en retour s’inspirera de ceux qu’il a inspirés.

  • De la musique de film, Run Home Slow (1965), un obscur western de série B.

À l’époque, il a vingt-quatre ans. Il a tout écrit et dirigé lui-même. C’est sa deuxième musique de film, la première datant de 1962 (The World Greatest’s Sinner). Ça lui rapportera 25 000 dollars, une belle somme pour l’époque qui va lui permettre de racheter le studio où il travaillait et de se lancer à son compte :

  • De la comédie musicale.

Les années 70 avaient leurs grandes comédies musicales rock comme Hair ou Jesus Christ Superstar. Zappa a fait la sienne et elle s’appelle 200 Motels. C’est devenu un film en 1972. En voici l’affiche :

Le thème, autobiographique, est ici l’ennui d’un groupe de rock à tourner dans des villes qui se ressemblent toutes, parce qu’elles sont toutes artificielles et sans âme, exactement comme les sandwichs « club » qui sont toujours les mêmes d’une supérette à l’autre. L’extrait qu’on va regarder maintenant, “This town is a sealed-tuna sandwich”, a été enregistré en 2018, à la Philharmonie de Paris. C’est donc une reprise :

Vous noterez au passage que la musique orchestrale qui précède et suit cette chanson comme chaque autre, est composée et écrite dans les moindres détails par Zappa lui-même.



  • Et des trucs qui sont tout simplement du Zappa comme « The black page ».

Je vous raconte l’histoire de ce morceau. Au départ, il s’agit simplement d’un solo de batterie, mais totalement écrit, avec des rythmes très complexes sur un tempo lent. Comme c’était assez aride, Zappa a voulu rajouter une mélodie dessus. Voici cette mélodie par une asiatique (Helen Feng) qui la joue au piano. Et c’est magnifique !

On dirait un mélange d’Erik Satie, Bartók et Ravel. La totale, c’est-à-dire la combinaison finale du solo de batterie et de cette mélodie, est assez difficile à apprécier à première écoute, c’est pourquoi Zappa lui-même en a proposé une adaptation funky et une autre reggae. C’est ce qu’on va voir maintenant.  

  • « The black page #2 ».

Cette fois-ci donc, c’est pour guitare (Steve Vai), saxophone, clavier, percussions et batterie, le tout dirigé par Zappa sur scène en 1982. Alors je sais, la ressemblance avec la partie de piano de tout à l’heure est difficile à saisir à la première écoute. C’est tout le contraire de la simplicité nue qui précède, mais c’est bien la même mélodie. Et avec une musique d’une telle complexité, il faut de nombreuses écoutes pour pleinement en apprécier la beauté :

Par moment, on dirait le commandant Cousteau donnant le départ de la Calypso vers les mers du Sud…

Alors vous allez peut-être me dire : « Mais s’il change autant de style, c’est qu’il n’a pas de personnalité, il suit les modes. » Non, il a beaucoup de personnalité, au contraire, c’est un leader, mais sa vision de la musique est tellement large, tellement diversifiée, qu’il est capable d’embrasser tous les styles. Zappa est sans doute le plus imprévisible de tous les musiciens du XXe siècle. Il s’est amusé à brouiller les pistes, il n’est jamais là où on l’attend, et c’est justement ce qui le rend passionnant. Il a retenu toutes les leçons de son siècle, ce que n’ont pas fait les autres rockers : il a écouté la musique moderne des grands compositeurs, la musique dodécaphonique de Schoenberg, la musique concrète de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, la musique électronique de Stockhausen, le be-bop, le free-jazz, bref tous les trucs un peu pénibles dont se dispensent la plupart des gens. Et aussi les musiques de l’Inde, du Tibet, de l’Asie centrale etc.

Zappa adore inventer, innover, expérimenter. Il aurait pu faire des tubes, il en avait le savoir-faire, mais il ne l’a jamais voulu. Et quand même certains de ces morceaux sont devenus des tubes, c’était presque malgré lui, comme ce slow dont personne ne comprenait les paroles en dehors des États-Unis (« Bobby Brown goes down »). Est-ce que vous arrivez à croire que c’est bien le même homme qui a produit tout ça, paroles, musiques, arrangements, production ? Comment en est-il arrivé là ?

Mais avant de voir ça, et pour vous mettre à l’aise, nous allons écouter un morceau dont personne n’a jamais dit aucun mal. C’est le moment romantique, d’un lyrisme poignant, teinté de tristesse et de nostalgie.

  • De la guitare : “Watermelon in Easter hay” (1979).

C’est le seul morceau de Zappa que tout le monde aime : un tempo lent, paisible, une guitare claire, lyrique, rassérénante. Zappa est un magicien de la guitare. Et derrière, on entend des sons de cloches et un marimba (xylophone). Et pour les musicologues parmi nous, attention, c’est un 4 + 5 temps, un rythme asymétrique ! Donc ça ne pouvait même pas faire un slow commercialisable :

  1. Une palette musicale inégalée
  2. Le parcours d’un homme : comment en est-il arrivé là ? Et pourquoi fut-il si peu reconnu ?
  3. Zappa sur scène
  4. Épilogue : les collaborateurs de Zappa

Pages : 1 2 3 4 5

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Les carnets d'exploration

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture