La bande dessinée japonaise : Les mangas

Le manga trouve sa source à la période de Nara (entre 710 et 794) avec l’apparition des emakimono, des rouleaux peints (plus de dix mètres de papier pour chacun) avec des textes calligraphiés. Il s’agit de l’adaptation japonaise de rouleaux venant de Chine et de Corée importés par les moines bouddhistes. Le sens de lecture était de droite à gauche, il fallait dérouler le rouleau de gauche tout en réenroulant celui de droite pour ainsi ne voir qu’une partie de l’histoire, laquelle se découvrait à mesure. Les premiers emakimono servaient de support pour véhiculer lesidées du bouddhisme. Puis, au fil du temps, ils ont pu servir à raconter divers genres d’histoires (batailles, romances, légendes folkloriques).

On peut aussi ajouter, comme autre racine du manga, les estampes venant tout droit de la période d’Edo. Celles-ci servaient d’abord à illustrer des livres, puis le processus s’inversa et l’image prit plus d’importance que le texte (souvent écrit en hiragana). Ces recueils sont souvent connus sous la dénomination de kusazôshi.

Puis au final vint l’estampe ukiyo-e (signifiant « image du monde flottant »), dépourvue de texte. Cette mouvance artistique apparut avec les changements portés par le régime Tokugawa, la bourgeoisie prenant la place de l’aristocratie. De même, les thèmes abordés sont nouveaux, puisque plaisant à cette nouvelle bourgeoisie : les jolies femmes, les scènes érotiques, le kabuki et le sumo (très prisé par les bourgeois), le fantastique (les yôkai), les paysages. C’est Katsushika Hokusai, spécialisé dans l’estampe de paysages, qui le premier utilisa le terme manga pour désigner ses célèbres œuvres, les Hokusai manga (« croquis de Hokusai »).

Le terme « manga » est constitué de deux idéogrammes (ou kanji), chacun porteur d’un sens propre. Le premier, « man », signifie l’imprécision, la légèreté. Le second, « ga », désigne la représentation graphique, l’esquisse, l’illustration. L’alliance des deux caractères pourrait se traduire littéralement par « dessins au trait libre », ou encore « esquisses au gré de la fantaisie ». C’est le peintre et caricaturiste Hokusai qui, en unissant ces deux kanji, a créé ce terme pour désigner les recueils de caricatures et de croquis qu’il publia au début du XIXème siècle. Son intention était de montrer la vie sous tous ses angles, en quelque sorte des scènes prises sur le vif, à la fois dans un but pédagogique pour servir à ses élèves et dans un but ludique. Aujourd’hui encore, son influence perdure, de nombreux mangas gardent cette intention.

C’est à partir des années 1870 que le pays connaît à son tour le boom de la presse illustrée. L’influence du modèle européen est très forte, et ce sont d’ailleurs des Occidentaux qui dessinent et lancent les premiers journaux japonais. L’un de leurs élèves deviendra le grand Rakuten Kitazawa. Ce dessinateur japonais est le premier, en 1902, à utiliser le terme « manga » pour désigner ses bandes dessinées et « mangaka » (dessinateur de mangas) pour définir son activité. Kitazawa s’inspire des grands modèles occidentaux et crée, à partir de 1905 et jusqu’à la fin des années 1920, un nombre incalculable de magazines illustrés et de revues pour les enfants. La Seconde Guerre mondiale met un frein à ce développement. La réelle explosion des mangas au Japon se fait peu de temps après la Seconde Guerre mondiale. Sous l’occupation américaine, les mangakas d’après-guerre subissent l’énorme influence des comic strips et de la culture américaine en général. De plus, la défaite a ruiné le pays, et la population recherche une distraction bon marché. Le succès du manga est la conséquence de cette situation et de l’attente du peuple japonais.

L’un de ces mangakas, influencé par Walt Disney, révolutionnera le genre et donnera naissance au manga moderne. Il s’agit bien sûr d’Osamu Tezuka, surnommé Manga no Kamisama (Dieu du Manga) au Japon. Ce mangaka va publier ses bandes dessinées professionnellement dès 1946, mais il rêve de se lancer dans le dessin animé. Malheureusement, le pays est ruiné. Il va alors coucher sur le papier ce qu’il voulait rendre à l’écran. C’est ainsi qu’il crée ce style particulier de manga qui, imitant le cinéma, a fait le succès de ses bandes dessinées et a posé les bases du manga moderne.
Quelques dates importantes pour le manga d’après-guerre :
1947 : Shin takarajima (La Nouvelle Île au trésor), manga muet, est considéré comme le premier manga dit moderne.
1963 : Tetsuwan Atomu (Astro le petit robot) est la première série d’animation télévisée.
1953 : Ribon no kishi (Princesse Saphir) peut être considéré comme le premier manga shôjo.
En France, le succès des mangas est récent : pendant longtemps, ils ont fait peur aux parents et aux enseignants qui les jugeaient violents et mal dessinés. Il a fallu attendre le début des années 1990, avec la traduction d’Akira et surtout de Dragon Ball, pour les voir s’imposer. Aujourd’hui, ils font partie du paysage de la bande dessinée.
Aujourd’hui, le mot « manga » désigne tout simplement la bande dessinée. Comme l’expression « comic-book » aux États-Unis ou « bande dessinée » en France, « manga » est employé au Japon pour désigner toute forme de bande dessinée, qu’elle soit produite localement ou qu’elle vienne de l’étranger. A une certaine époque, les Japonais l’utilisaient aussi pour évoquer les dessins animés en général, mais aujourd’hui, ils lui préfèrent l’appellation d' »anime » (prononcer « animer »).



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