Le 9ème art : La Bande Dessinée

La bande dessinée européenne : berceau du 9ème art

Grâce au talent de créateurs exceptionnels, la bande dessinée européenne des années 1930 est riche et dense. Trois hebdomadaires majeurs de la décennie suivante ont contribué à sa renommée et le succès de certains personnages a été si considérable qu’ils sont familiers aux lecteurs d’aujourd’hui. 

En 1929, Hergé crée, pour le journal belge Le Petit Vingtième, Tintin et son inséparable chien Milou. Tintin débute ses Aventures au Pays des Soviets, avant de visiter le monde, la Lune, ainsi qu’un pays imaginaire, la Syldavie. D’autres personnages pimentent la série : le truculent capitaine Haddock, les policiers Dupont et Dupond, le professeur Tournesol… Devant l’énorme succès de Tintin, Hergé crée en 1950 ses propres studios. Le dernier album, Tintin et l’Alph-Art, paraîtra à titre posthume en 1986, inachevé.

La BD européenne subit une concurrence intensive. Suivant l’exemple de Paul Winkler, qui crée en 1934 Le Journal de Mickey, les éditeurs européens accueillent à bras ouverts les séries américaines. Le succès est immédiat. En Belgique, en 1938, le Français Robert Velter (dit Rob-Vel) imagine le personnage de Spirou pour un magazine qui prend son nom. Ce sympathique et dégourdi groom du Moustic Hôtel est repris par Jijé de 1944 à 1946. Celui-ci lui adjoint dans ses aventures le personnage loufoque de Fantasio et de Spip l’écureuil. Après quoi il est élevé au rang de vedette internationale par la plume de Franquin. Le Journal de Spirou lancera de nombreux dessinateurs utilisant un style humoristique, un dessin assez « rond », des bulles arrondies et beaucoup symboles pour représenter le mouvement.

Ils forment l’école de Charleroi. Celle-ci s’oppose à l’école de Bruxelles, née avec Le Journal de Tintin créé par Hergé en 1946. Autour d’Hergé, plusieurs collaborateurs vont affirmer leur talent, comme Edgar Jacobs (Blake et Mortimer) ou Jacques Martin (Alix). Chez ces artistes, le dessin est très réaliste avec des décors traités d’après documentation. Le texte est abondant et les bulles sont rectangulaires.

En 1946, pour Spirou, le dessinateur Morris met en selle Lucky Luke, le cowboy solitaire qui tire plus vite que son ombre. Toute l’histoire de l’Ouest défile d’un épisode à l’autre, ses personnages les plus marquants, ses décors les plus classiques. Lucky Luke, cigarette à la bouche, le visage impassible, chevauche inlassablement le fidèle Jolly Jumper. D’abord seul, Morris confie en 1955 le scénario au français René Goscinny. Avec lui, il crée les Dalton et Rantanplan, le chien le plus bête de l’Ouest. Ce western humoristique va devenir l’un des plus grands classiques internationaux de la BD, comptant près de 90 albums. Peu avant le décès de Morris, survennu en juillet 2001, paraît le dernier album de Lucky Luke : L’Artiste peintre.

En 1959, autour de Goscinny, se crée le journal Pilote. Et c’est l’entrée en fanfare d’Astérix le Gaulois de Goscinny (texte) et Uderzo (dessin), le héros le plus célèbre de la bande dessinée française moderne. Astérix devient rapidement la première série que des adultes lisent autant que leurs enfants. Aventures et disputes pour les plus jeunes, jeux de mots et clin d’œil à l’histoire pour les adultes, et rire pour tous. Tandis qu’aux Etats-Unis la bande dessinée a visé d’abord les « grands », en Europe elle n’est plus destinée seulement aux enfants. Pilote, parce qu’il constate un vieillissement de son public, devient « le journal qui s’amuse à réfléchir ». Cabu présente un certain style de potache avec Le Grand Duduche ; Greg régale les lecteurs avec le délire verbal d’Achille Talon (1963). En 1979, deux ans après le décès de Goscinny, Albert Uderzo fonde les éditions Albert-René et continue seul la réalisation d’Astérix pour neuf albums. En 2013, paraît le premier album du tandem Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, auquel il a confié le célèbre gaulois. Il continue cependant d’exercer son droit de regard sur le scénario et le dessin jusqu’à son décès, survenu le 24 mars 2020. Publié dans 111 langues et dialectes, Astérix demeure la bande dessinée la plus traduite au monde !

Mais, certains auteurs s’éloignent de Pilote et lancent leurs propres magazines, comme L’Echo des savanes, Métal Hurlant ou Fluide Glacial. Sur leur couverture figure un avertissement autant qu’une revendication : réservé aux adultes ! Hara-Kiri, qui se définit comme un « journal bête et méchant », diffuse encore un autre type de bande dessinée. Il réunit des écrivains et des dessinateurs engagés comme CabuReiserWolinski ou Gébé. Ils utilisent des styles simples, proches du dessin de presse. Plusieurs fois interdit, Hara-Kiri n’hésite devant aucune provocation, plaisantant par exemple sur la mort du général de Gaulle en 1970. En parallèle, ces auteurs défendent dans Charlie Mensuel la bande dessinée de création et promeuvent en France le patrimoine international, en traduisant Schulz (Peanuts), Heriman (Krazy Kat), Chester Gould (Dick Tracy)… 

On reconnaît la bande dessinée de plus en plus comme une pratique artistique, et c’est d’ailleurs de ces années-là que date l’expression « 9ème art ». Cette génération d’auteurs composera une grande part de ce que nous appelons aujourd’hui les « maîtres » de la bande dessinée, et leurs expériences se retrouveront chez les auteurs alternatifs des années 1990.

  1. Les précurseurs
  2. La bande dessinée européenne : berceau du 9ème art
  3. La bande dessinée américaine : Les comics
  4. La bande dessinée japonaise : Les mangas

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