Les vampires de Louis Feuillade : « Tremble, carcasse, et passe ton chemin !

Ces vampires ne sucent pas le sang. Ils volent et ils tuent. Aidé du croque-mort Mazamette, le journaliste Philippe Guérande lutte contre la redoutable bande des « Vampires » pour qui tous les moyens sont bons, du stylo qui tue au canon silencieux, en passant par le chapeau explosif et les gaz soporifiques, et dont l’égérie est la fascinante Irma Vep, la nymphe maléfique au légendaire collant noir.

En 1915, Feuillade en contrat avec la Gaumont, capitalise sur le succès de son « Fantomas ». « Les Vampires » n’est que la résultante des fleurs du mal, composées avant lui. Alice GUY, Victorin JASSET sont passés par là, avant lui !

On peut parier, devant un tel délire imaginatif, que la narration fluide et les coups fumants furent élaborés à la seule lecture du titre. A cet époque, Dracula n’était qu’un mythe littéraire.

Lorsque « Les Vampires » sortent au cinéma, en pleine guerre mondiale, les seuls principes du grimage et de l’enveloppe charnelle moulée dans un corps de rêve, font état de la volonté d’enchanter un public constitué de femmes et d’adolescents. Le corps érotique, fuselé d’Irma Vep (jouée par MUSIDORA ), et le mystère du mal qui éclate sur l’écran démoniaque font écho aux coups de théâtre d’une guerre sans merci.  Entre les prises de position irréfléchies, le hasard des embûches, les ordres contradictoires et les assauts de fortune, nos soldats devaient affronter le Mal absolu au ras des tranchées, à mains nues et à visage découvert. Les seules morsures que l’on peut constater dans le feuilleton sont des morsures temporelles.

Vaille que vaille, les deux héros, l’un journaliste, sorte de Rouletabille cinématographique, l’autre, un repenti de la bande des Vampires qui réunit les figures obligatoires de la pauvreté qui s’enrichit et les clins d’œil burlesques et qui  font de lui un personnage beaucoup plus élaboré qu’un faire-valoir, s’associent pour lutter contre le crime organisé. Nous assistons bien ici à la lutte de la vertu contre le vice sous toutes ses formes, personnifié tour à tour par le Grand Vampire,  par Satanas le maitre des explosifs, puis enfin par Vénénos, le maitre des poisons, toujours suivis par Irma Vep,  l’anagramme de vampire.

Alors que les vraies images de la Guerre sont rares sur les écrans, le Mal, est rendu photogénique par des charmes et des formes félines, et par des méchants crapuleux qui s’éliminent les uns les autres sous la forme d’une succession de rebondissements étonnants que seuls le cinéma des magiciens de l’époque pouvaient se vanter de peaufiner d’ enlèvements en  séquestrations.

Comme le dit le journaliste François Massarelli : « Ce feuilleton est un authentique chef d’œuvre né par hasard d’une volonté de faire du cinéma au rabais »…

On aurait envie de dire que c’est raté, tellement la supériorité de ce film à épisodes sur tant de ses contemporains est évidente !

Regardez ce feuilleton aujourd’hui procure un plaisir complice, une petite délectation vénéneuse délicieusement coupable !

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Les carnets d'exploration

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture