
En 2001, le studio « Xilam » créé par le génial et opportun producteur Marc de Pontavice initie de nouvelles aventures de Lucky Luke pour une diffusion sur France 3, le dimanche en début de soirée. Morris vient de mourir. Goscinny est décédé depuis 1977.
Curieusement, la série standardisée de 1987 en adaptant les albums des deux grands papas ne respectaient pas les qualités satiriques et ironiques de la scénographie des personnages. Lucky Luke n’était plus que l’ombre de lui-même, pâlissant et désœuvré.
Dans cette nouvelle série, vus par 4 millions de téléspectateurs en direct tous les dimanches, les anachronismes fusent, les excentriques déboulent et s’inscrivent dans la volonté de Morris (il visionnera les premiers rushes avant de décéder), en s’inspirant directement des cadrages, de l’emplacement tranché des décors, du style et de la colorimétrie des cases du grand dessinateur belge. On doit à l’animateur chargé de la mise en scène, Olivier Jean-Marie, des réussites heureuses et inspirées, telles que « Oggy et les cafards » ou « Les zinzins de l’espace ». Ici, il fait preuve de modernité dans le classicisme, un coup de jeune que fait reverdir la voix sans émotions d’Antoine de Caunes.
Très fidèle à l’esprit de Goscinny, servi par le savoir-faire des techniciens de Xilam, notamment le traitement spécifique des couleurs, vert de rage, rouge de confusion, rire jaune, s’étalent en aplats de mise en scène, et signent le cachet de la série. Ces nouvelles aventures reproduisent tout ce qui faisait le génie de ses deux inventeurs, les répliques qui font mouche et qui font que, au même titre que les mythiques albums « Dargaud » prépubliés dans « Spirou », puis dans « Pilote », cette série d’animation ne vieillira jamais. Ce qui est un exploit, car les histoires, exceptés les Dalton et Rantanplan…et Billy the Kid ne reprennent aucune guest-star et ne s’inspirent d’aucun album existant. On remarque, entre autres scénaristes, les signatures de Frank Ekinci, Jean-Luc Fromental et même de Stephen Desberg que les amateurs de bandes dessinées franco-belges connaissent bien. On leur doit les nouvelles répliques cultes comme « C’est normal qu’il ait pris froid, quand on a la tête vide, il faut se méfier des courants d’air ! » ou « Plus on est de fous, moins c’est discret ! » ou « Comme le disait le tigre au lapin : c’est l’heure ! » voire même certaines empruntées à la politique « Je vous demande de vous arrêter ! ».
Assurément, pour moi, ce Lucky Luke est l’une des adaptations en série les plus réussies d’un univers de bande dessinée au petit écran au même titre que le « Tintin » de Bernasconi, que Titeuf, Mandarine and Cow, ou que Snoopy et les Peanuts. Au cinéma, on retrouve une telle richesse dans la fidélité et dans l’esprit que dans « Sin City », « Astérix et Obélix : mission Cléopâtre » de Chabat, dans le « Popeye » de Robert Altman le « Persépolis » de Marjane Satrapi ou le « Dick Tracy » de Warren Beatty… Et même dans le « Valérian » de Luc Besson.
Co-production québécoise, on assiste à la totale francisation de l’univers de Morris. Un total Far-West à la française, aux antipodes du western romantique américain et surtout du western spaghetti italien. Avec les Pieds tendres, les colons blancs désignés ainsi par les Indiens parce que ceux là ne supportaient pas marcher pieds nus, on assiste à une ribambelle de personnages à l’allure bienveillante qui s’opposent aux Bad boys de toute nature comme dans tout bon « Lucky Luke » qui se respecte. Mais ces Pieds tendres peuvent aussi prendre le visage de mythes ou de personnalités historiques connues. Ainsi, dans ces aventures, Lucky Luke se trouve en étroite relation avec un succédané de Woody Allen, avec les Frères Lumière, Don Quichotte, Sherlock Holmes ou les Beatles…
Le cow-boy à la fine brindille et son fidèle destrier Jolly Jumper, modèle de droiture et de perspicacité (parfois proche de Cioran) réunissent toutes les qualités des jeunes premiers : charme, distinction, diplomatie, politesse, assurance. On peut ajouter, coproduction avec le Québec oblige, un certain flegmatisme francophone. Cet humour de précision dans la caricature revisite tout l’ouest américain à la mode de chez nous !
On sait maintenant avec certitude que c’est Morris qui, le premier, à qualifié la bande dessinée de neuvième art. Il peut s’honorer, post-mortem, d’avoir aussi donné un beau papoose au huitième art avec ces nouvelles aventures animées.
A regarder avec les enfants, pour l’humour à la Antoine dé-Caunes !
Les voix connues : Antoine de Caunes (Lucky Luke), Francis Perrin (Rantanplan)
Visible à l’Odyssée (section jeunesse) les DVD suivants : sous la cotation Fe LUC
- Lucky Luke : le talisman des grands nez et 5 autres aventures
- Lucky Luke : le Commodore et 5 autres aventures
- Lucky Luke : le trésor des Dalton et 5 autres aventures
- Lucky Luke : un papa pour les Dalton et 5 autres aventures
- Lucky Luke : les Dalton contre Billy The Kid et 5 autres aventures
- Lucky Luke : vautour dans la plaine et 5 autres aventures
- Lucky Luke : les trappeurs et 5 autres aventures
- Lucky Luke : le Noël des Dalton et 5 autres aventures
- Tous à l’ouest : long métrage de 2007 réalisé par Olivier Jean-Marie
- Et bien sur les albums de Lucky Luke, scénario de Goscinny, dessin de Morris disponibles en intégrale (volumes 1 à 10) en section jeunesse.



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