En proie au silence d’Akane Torikai

« Misuzu exerce ce que certains appellent le plus beau métier du monde… Mais entre le désintérêt de ses élèves et surtout la blessure qu’elle porte en elle, la jeune femme essaie tant bien que mal de mener son existence, la tête haute. Hélas, quand Minako, sa meilleure amie, lui annonce ses fiançailles avec Hayafuji, son petit ami de longue date, le quotidien de cette professeure vacille pour atteindre, peut-être, un point de non-retour. Pourra-t-elle trouver son équilibre dans une société foncièrement inégale et injuste ? »

Cette série m’a profondément déstabilisée. Akane Torikai ne nous ménage pas le moins du monde et installe un profond malaise dès le premier tome. Pourtant, ce malaise a tout son sens : il permet de mieux comprendre, d’abord le comportement de Misuzu, puis celui des autres personnages. Car ici, personne n’est épargné – chaque personnage est travaillé avec une grande finesse psychologique. J’ai beaucoup aimé observer leur évolution, qu’elle soit positive ou non. Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir : les protagonistes, comme les événements, se déclinent dans une multitude de nuance de gris (plus ou moins sombres). La mangaka aborde des thèmes sensibles, comme les stéréotypes de genre dans la société, le viol ou encore les violences sexuelles. Ces sujets touchent aussi bien les femmes que les hommes et c’est ce qui rend cette série particulièrement intéressante (vraiment, personne n’est épargné). Elle ne cherche pas à adoucir son propos, et c’est justement ce qui rend la représentation de la violence, qu’elle soit psychologique ou physique, aussi percutante.

Le dessin joue un rôle essentiel dans le malaise qui nous suit tout au long des 8 tomes qui composent En proie au silence. Il est extrêmement réaliste (les expressions des personnages peuvent être carrément glaçantes), froid, et parfois très cru dans certaines scènes, mais il reste néanmoins beau et captivant à regarder.

Habituée aux lectures exigeantes, j’ai vraiment apprécié cette série qui m’a fait passer par toutes les émotions possibles. C’est une histoire parfois éprouvante, mais impossible à lire sans être profondément touché. Akane Torikai soulève des questions intéressantes qui invitent autant à la réflexion qu’à la révolte. En revanche, il vaut mieux savoir à quoi s’attendre : certaines scènes, notamment de viol, sont très explicites. Cette série s’adresse à un public averti, capable de garder un certain recul pour en saisir toute la portée.

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