« Série noire » d’Alain Corneau (1979):  Un drôle de schmilblick »… 

Adaptation de Georges PÉREC de « Des cliques et des cloaques » de Jim Thompson (Série Noire, Gallimard). Mais aussi Sheila, Gérard Lenormand, Boney M, Claude François, Bécaud…

Résumé :

Frank Poupard, un représentant de commerce calamiteux fait du porte à porte en banlieue parisienne. Sa vie est triste. Un crime pourrait le faire changer d’existence. Alors, va pour le crime.

Frank, sous le coup de son propre enivrement, lorsque les évènements s’enchaînent à la queue-leu-leu, sans que l’on y prête véritablement attention, dérape de plus en plus jusqu’à son auto destruction. Pour lui, l’instabilité est un mode de vie que rien ne contrarie, car il donne toujours l’impression d’improviser et de se retenir. En fait, il désire, à un moment choisi dans le film, sans que le spectateur s’y attende, d’être l’auteur complet d’un récit incontrôlable, tout comme l’acteur Patrick Dewaere, qui se débarrassait de toutes les soupapes qui le retenait prisonnier sur les tournages. Patrick Dewaere devient Frank Poupard et Poupard se brise comme Dewaere (d’ailleurs cela rime !) Ainsi, il agit comme le dernier des imbéciles, le dernier des hommes  avec lui-même comme avec les autres (Jeanne sa femme, Staplin son employeur, la petite Mona, le pauvre Tikides) mais toujours avec cette douce violence comme s’il protégeait avec des gants de boxe, le parfait inconnu qu’il incarnait.

Résonnant quelque part dans la France épileptique et malpropre de E. Macron, sauf que la périphérie a remplacé le terrain vague, Frank Poupard, pensant que son système D(éconne) le sortira de la gadoue, s’enlise au contraire dans une réalité  poisseuse et nonsensique aux franges de ce terrain vague qu’ il considère comme son havre de paix se prenant pour Robinson, mais un Robinson qui ne se domine pas.

Ce film, certainement, l’un des plus « noirs » du cinéma français (c’est ainsi que le qualifiait Patrick Raynal, le directeur de la célèbre Série Noire, à l’époque de la sortie du film) raconte la tragédie d’un homme seul qui s’ennuie (Pérec est l’auteur du scénario et des dialogues) qui lutte contre la montre pour survivre tout simplement, et trouver l’argent nécessaire pour repartir de zéro. Seulement c’est l’infini qu’il rencontre en la personne de la petite Mona, jeune femme pratiquement muette quand lui se met à brasser de l’air et à se saouler avec ses paroles et avec les refrains du hit-parade. Dès qu’il part sur ce coup de tête d’amoureux transi, il est condamné à agir très vite, et très vite l’argent qu’il dérobe lui monte à la tête, l’embarrasse, car il ne sait pas l’utiliser. Son acte irréparable met en joue son destin de vie ratée et le condamne à la perpétuité. La fin du film ne rassure pas, au contraire. Nous sommes dans une fin de série noire, là où l’enfer du chantage envahit peu à peu le quotidien brumeux et brouillasseux quand repartir de zéro n’enchante même plus.

CAFARDEUX, SORDIDE, CRAPULEUX, décidément, à regarder ce « non-film » de série de plus en plus noire, ce sont bien des accents actuels que reflètent les actes de ce tueur en série à l’esprit embrouillé et englué dans un environnement socio-culturel proche du néant, dénué de tous les petits plaisirs et se complaisant dans la débilité du quotidien, là où le fric possède toujours cette odeur qui empoisonne l’existence.

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