
« Paris, un kiosque à journaux. Alexandra est réalisatrice. Fille, petite-fille et arrière petite-fille de kiosquières. Elle est venue prêter main forte à sa mère et, comme dans un vieux rêve d’enfant, joue à la marchande. Depuis cette fenêtre sur la rue, elle filme avec humour et tendresse les coulisses du métier et le défilé quotidien de clients détonants. Mais la presse papier et les commerces de proximité sont en crise, et ce petit jeu s’avère finalement plus compliqué que prévu… »
Chez les Pianelli, on est kiosquière de mère en fille. Alexandra, réalisatrice de ce grand « petit film », a brisé cette ligne en allant étudier les « arts décoratifs » à Strasbourg. Son diplôme en poche, sa mère, lui demande, avant de partir en retraite, de l’aider à tourner la page. Pendant six ans, de l’aube à minuit, Alexandra filme ce lieu de mémoire sur deux mètres carrés de bonheur, produisant des effets de loupe sur ce métier en grande souffrance. Grâce à son talent d’animatrice de prises de vues, avec des bouts de carton et des figurines, elle fait preuve de pédagogie pour nous expliquer la crise dans l’organisation de la distribution de la presse et la capitalisation des kiosques. Entre tristesse et auto-dérision, la caméra portable s’insinue entre l’aube et le crépuscule. Alexandra aime jouer pour ne pas avoir peur du lendemain, nous confirmant que la vie n’est pas un roman, mais une routine dont les aspects miroitent selon la roue du temps, tantôt sourires, tantôt pleurs.
De ce poste d’observation qui sert de lucarne sur le XVIème arrondissement, les badauds sont devenus, avec le temps suspendu, de mémoire de kiosquière, des humains, des chalands parfois très touchants comme Damien, sans domicile fixe perpétuellement à la recherche de son chat.
Au bout de cinq minutes, le spectateur devine qu’il a à faire à un monde majuscule et majestueux. Ouvert aux quatre vents, au gré des invendus, il regrettera de quitter déjà cette petite lucarne sur le temps qui ne passe pas, éventrée par les livreurs de la nuit.
A l’occasion du pot de départ, c’est avec le cœur gros que nous quittons le kiosque de la rue Victor Hugo dont on voit s’éteindre, un à un, tous les lampions, au profit de la presse numérique.
Avant d’éteindre définitivement le poste sur ce huis-clos, on peut méditer sur ce proverbe chinois : « la porte la mieux fermée est celle que l’on peut laisser ouverte » et retrouver le cours du temps et ses courants d’air. (tournage de 2014 à 2020).



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